Le Gâteau du président - Critiques "Jury jeunes ambassadeurs du cinéma - Rencontres Cinessonne"
Au printemps 2024 Cinessonne a postulé à l’appel à projet porté par le CNC intitulé «les ambassadeurs jeunes du cinéma» avec pour mission de contribuer à des actions d’éducation à l’image à destination de jeunes entre 15 et 25 ans afin de leur faire découvrir l’écosystème et différents métiers autour du cinéma.
Cet appel à projet comprend deux volets : un volet départemental et un volet régional en lien avec les autres associations territoriales de l’Ile-de-France: les Cinémas Indépendants Parisiens, Cinéma Public, Cinémas 93, Ecrans VO et l’Association des Cinémas de Recherche d’Ile-de-France.
Cinessonne a porté un projet de sensibilisation à la critique cinéma et à l’animation de séance en s’appuyant sur son temps fort, Les Rencontres Cinessonne, et particulièrement la section Repérages et en travaillant en étroite collaboration avec un critique de cinéma.
Texte de Aminta, étudiante et jeune ambassadrice
Le Gâteau du président : denrée rare dans un océan d’images
Dans un monde où les sociétés sont englouties par une marée d’images, où la réalité se mêle aux mirages, le cinéma demeure, dans son paradoxe le plus total, une tentative de saisir le réel. Le Gâteau du président de Hassan Hadi, dont la sortie est prévue en février 2026, s’inscrit dans l’interstice de ces regards, dans les ruines d’un cinéma irakien en suspens. Le film s’attelle à dépeindre de l’intérieur une période peu représentée dans le cinéma occidental, et où le cinéma irakien, alors aux mains de la dictature, était censuré. Derrière un titre bon enfant se dévoile alors une critique virulente du système politique et social de l’Irak des années 1990, sous le régime dictatorial de Saddam Hussein.
Le Gâteau du président se présente comme une odyssée résolument absurde, dans laquelle Lamia, âgée de 9 ans, part en quête de divers ingrédients pour réaliser un gâteau en l’honneur de l’anniversaire du président, selon la tradition nationale. Ici, le gâteau n’est en réalité pas qu’un simple gâteau, et se révèle au fil du récit un moyen de déployer une peinture plus large. Enchaînant péripéties et situations périlleuses, la jeune protagoniste, accompagnée de son ami Saeed, s’engouffre dans une société cannibale, où les habitants se dévorent les uns et les autres sous la pression hystérique du système politique et les restrictions économiques. Les rapports de hiérarchie et les inégalités s’observent à chaque échelle, en salle de classe
comme en ville, traçant les contours d’un territoire vulnérable. Une dualité se forme entre les nombreux habitants que rencontre Lamia et le dictateur invisible, entre des présences physiques et une figure fantomatique qui hante les esprits. Le cheminement de Lamia et Saeed nous invite par ailleurs à découvrir des paysages hauts en couleur, dont l’esthétique sevdistingue par son approche à la fois documentaire et tendant vers l’onirisme. Le Gâteau du président se présente comme un songe éveillé, troublé par la réalité cachée qu’il parvient, en passant par les atours du conte, à rendre visible.
Le Gâteau du président est un film remarquablement tragique, ne laissant aucune échappatoire aux spectateurs. La fin est marquante, montrant le moment où un conflit latent en vient finalement à exploser. Dans un monde où les vainqueurs écrivent l'histoire, Hassan Hadi, dans un élan de résistance et de création, s'approprie l’outil qu’est le cinéma pour faire advenir le réel et reconstruire l’histoire.
Texte de Léonie, lycéenne et jeune ambassadrice
Le film percutant et grandiose de Hasan Hadi!
Irak, années 1990. Alors que le pays est marqué par la crise économique, une petite fille du nom de Lamia se voit attribuer la tâche de concocter un gâteau pour l’anniversaire du président Saddam Hussein. Son camarade Saeed doit quant à lui récolter des fruits pour cette même occasion. S’en suit alors une longue quête des ingrédients, qui nous plonge dans le quotidien de la population irakienne d’il y a 30 ans, tyrannisée par un régime dictatorial.
Réalisé par Hasan Hadi, ce film poignant met en lumière de jeunes acteurs amateurs dotés d’un immense talent, dans une course métaphorique qui éclaire les failles de la société irakienne. Tout en exposant la précarité, l’oppression et les inégalités, ce film nous conte une histoire bouleversante, notamment grâce à sa musique simple et émouvante, placée stratégiquement aux moments les plus significatifs, ainsi qu’aux personnages attachants et aux obstacles auxquels les protagonistes font face.
Le rythme prenant de ce long-métrage, ainsi que la cruauté des antagonistes (du président égocentrique à un inconnu mal intentionné), dresse un portrait de la société, du chaos qui l’habite et de la lutte nécessaire pour y survivre. On y découvre par exemple les conditions de vie misérables d’une femme forcée de vendre son corps à un commerçant dans le simple but de se nourrir – un exemple parmi d’autres témoignant de la triste réalité du quotidien de certains habitants.
Mais au-delà d’une critique de la dictature, ce film porte aussi un message d’espoir. L’innocence des deux enfants, et le lien de complicité qu‘ils tissent tout au long de l’histoire, illustre le rôle crucial joué par l’amitié et l’amour, qui deviennent une bouée de sauvetage au milieu d’un océan de violences et d’injustices. Les deux enfants s’amusent par exemple à se regarder dans les yeux sans cligner, alors que le monde autour d’eux s’écroule et n’est que chaos et périls. Ils font ainsi disparaître de façon poétique la réalité et la violence qu’elle représente, transformant leur insouciance et leur lien fraternel en un rempart.
La fin contrastée et inattendue, composée de véritables images d’archive de l’anniversaire joyeux et festif du président Saddam Hussein, révèle les intentions égoïstes du dictateur et les souffrances qu’il est prêt à faire subir à son pays, uniquement pour son plaisir personnel.
Ce film poétique et prometteur, tourné en partie avec des comédiens non-professionnels, réussit à immerger son public dans une époque de l’histoire irakienne, à le sensibiliser, à le faire rire, pleurer, et surtout questionner les dérives de la société.
Infos pratiques
Sortie le 4 février (Tandem)