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Quand
on évoque les grandes figures de la culture autrichienne,
ce sont avant tout les musiciens Wolfgang Amadeus Mozart, Franz
Schubert, Johann Strauss ou les peintres du tournant du siècle
Gustav Klimt et Egon Schiele qui viennent à l’esprit.
Il est très rare qu’il soit fait référence
aux grands noms de l’histoire du cinéma. Pourtant,
les réalisateurs Erich von Stroheim, Fritz Lang,
Josef von Sternberg, G.W. Pabst, Powell et Pressburger, Fred
Zinnemann, Edgar G. Ulmer, Billy Wilder, Otto Preminger sont
tous d’origine autrichienne. C’est à Hollywood
ou pour certains à Berlin qu’ils se sont établis
dans la première moitié du XXème siècle,
que leur art est arrivé à maturité et qu’ils
ont connu le succès. C’est pourquoi on les associe
plutôt à leur terre d’accueil qu’à
leur pays d’origine.Dans la deuxième moitié
du XXème siècle, la société autrichienne
cherche à retrouver une identité nationale, à
digérer les traumatismes et la culpabilité générés
par son implication dans la seconde guerre mondiale. Deux voies
cinématographiques vont alors apparaître.
Le genre du « Heimatfilm » prospère.
C’est un cinéma régionaliste qui met en
exergue les valeurs de l’amitié, de l’amour,
de la famille dans un monde souvent idyllique. L’action
plutôt triviale et prévisible se déroule
dans un cadre digne des images d’Épinal: nature
majestueuse et immaculée, costumes traditionnels et musique
populaire. On entre dans le grand mécanisme de déculpabilisation.
C’est dans ce climat de complaisance nationale et en réaction
à cette cinématographie mièvre que naît
le cinéma d’avant- garde autrichien autour de Peter
Kubelka ou Kurt Kren. C’est un cinéma moderniste
et indépendant qui propose de nouvelles formes d’articulation
cinématographique. Dans les années 60, Valie Export
dont la démarche artistique se rapproche du mouvement
actionniste réalise des oeuvres plus conceptuelles et
très engagées. Ce sont les films de ces cinéastes
expérimentaux et la génération qui va leur
succéder Peter Tscherkassky, Martin Arnold et Gustav
Deutsch mais aussi ceux des réalisateurs de documentaires
Ruth Beckermann, Ulrich Seidl, Nikolaus Geyrhalter qui vont
commencer à s’exporter.
Le
film documentaire d’auteur occupe depuis les années
90 une place très importante, presque prépondérante
dans la production nationale. Tournés sur support film,
ils sont avant tout destinés à sortir en salle
et attirent un public nombreux . Le dernier film de Nikolaus
Geyrhalter, Elsewhere (2001), un film de quatre heures sur les
préoccupations écologiques, économiques
et politiques d’aujourd’hui a fait presque 20.000
entrées avec une seule copie. Cela le plaçait
alors au niveau des blockbusters américains en nombre
d’entrées par copie. On peut également citer
Ruth Beckermann dont le film A l’est de la guerre ( Jenseits
des Krieges, 1996) a très bien marché en Autriche
et à l’étranger et Ulrich Seidl. On le connaît
certes plus depuis le succès remporté par sa première
fiction Canicule ( Dog days - Hundstage), récompensé
par le Grand Prix du jury à Venise en 2001 et montré
à Cannes comme « découverte de l’année
» mais il est avant tout un réalisateur de documentaires.
Ses films Good News (1990), Amours animales ( Tierische Liebe,
1995), Mannequins ( Models,1999) souvent controversés
tant pour leurs sujets provocateurs que pour leur forme sont
aujourd’hui très demandés par les festivals
et les cinémathèques. Le dernier, Jésus,
toi qui sais( Jesus, du weißt, 2003), a reçu près
de 70 invitations de festivals. Mais c’est finalement
très récemment qu’un réel regain
d’intérêt pour le cinéma autrichien
s’est fait sentir. Jusque dans le milieu des années
90, il n’y a pas de réelle vigueur du cinéma
d’auteur. La production est essentiellement commerciale
avec des comédies populaires qui fonctionnent très
bien auprès du public mais ne réussissent pas
à passer les frontières. Quelques films se distinguent
cependant comme Demi-mondede Florian Flicker ( Halbe Welt,1993),
Hasenjagd de Andreas Gruber (1994), La Tête du Maure de
Paulus Manker ( Der Kopf des Mohren, 1995) et bien sur les films
de Michael Haneke.
En
1989, il réalise son premier long métrage Le 7e
Continent ( Der Siebte Kontinent), puis viendront Benny’s
Video (1992) et 71 Fragments d’une chronologie
du hasard ( 71 Fragmente einer Chronologie des Zufalls, 1994).
Bien que ces trois films aient été présentés
à Cannes, c’est avec la sélection de son
film Funny Games, en compétition en 1997, qu’il
éveille l’intérêt de l’industrie
du cinéma. Avec Code inconnu, il commence à travailler
avec la France et cette coopération se poursuivra avec
La Pianiste ( Die Klavierspielerin, 2001), adapté du
roman de l’Autrichienne Elfriede Jelinek qui sera récompensé
par le Grand Prix du jury, le prix d’interprétation
féminine pour Isabelle Huppert et le prix d’interprétation
masculine pour Benoît Magimel à Cannes en 2001.
C’est la consécration. L’attention alors
portée au travail de Michael Haneke permit d’aiguiser
la curiosité du monde du cinéma et du public au
moment où une nouvelle génération de très
jeunes réalisatrices et réalisateurs autrichiens
arrivent sur la scène viennoise. Ce groupe de cinéastes
foule d’abord le pavé des grands festivals de cinéma
avec leurs courts métrages, Le Fruit de tes entrailles
( Die Frucht Deines Leibes, 1996) de Barbara Albert et Blindgänger
de Thomas Woschitz (1996) à Venise ; Die Weiche (1997)
puis Germania (1998) de Kris Krikellis, Inter-view (1998) de
Jessica Hausner, Null Defizit (2001) de Ruth Mader et Fast Film
de Virgil Widrich (2001) à Cannes. Depuis, les films
de Barbara Albert, Nordrand (primé à Venise en
1999) et Free Radicals ( Böse Zellen, 2003) en compétition
à Locarno et à Cinessonne cette année,
ceux de Jessica Hausner, Lovely Rita et Hotel(en sélection
officielle à Cannes en 2001 et 2004) et le premier long
métrage de Ruth Mader, Struggle (en sélection
officielle à Cannes en 2003) voyagent dans le monde entier.
Une génération de femmes sortant toutes de la
même école, collaborant les unes aux projets des
autres s’affirme avec talent. Leurs films ont en commun
une démarche analytique à la fois individuelle
et globale, sociale et politique de la société
contemporaine et une absence de compromis dans le choix de leurs
sujets et leur langage cinématographique. Elles gardent
cependant chacune leur propre style et leur approche très
personnelle de la réalisation.
De la même génération,
Virgil Widrich est cependant une figure à part, il est
revenu au court métrage après avoir réalisé
son premier long métrage. Son film Copy Shopa reçu
34 prix dans les festivals et fut nominé aux Oscars en
2001. Son dernier court métrage Fast Film a débuté
sa carrière en compétition à Cannes et
a été invité depuis dans près de
200 festivals.
Alors qu’il était presque
impensable il y a encore quelques années pour un film
autrichien d’être exploité en salle à
l’étranger, les distributeurs internationaux s’intéressent
de plus en plus aux nouvelles productions. Si l’on considère
que seulement dix à quinze longs métrages sont
produits par an, le succès du cinéma autrichien
à l’étranger est phénoménal,
sa présence est presque continue dans le circuit des
festivals, les demandes de rétrospectives sont de plus
en plus nombreuses et l’écho dans la presse internationale
est grandissant. Tous les jeunes réalisateurs cités
préparent en ce moment leurs prochains films que nous
attendons donc avec impatience. Page 39 Édition 2004
Cinéma Autrichien
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